| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||
En ce jour de Vendredi Saint, les églises se remplissent. Depuis de nombreuses années, le spirituel revit avec ferveur au cœur de la société. La vie de plus en plus difficile a rendu le fameux adage Marxiste qui prétend que « La religion est l’opium du peuple » encore plus vrai. Les gens veulent fuir leur vie.
La télévision affiche en boucle les images de ces croyants qui font la queue devant la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Cette longue cohorte est dument encadrée de forces de l’ordre venues autant pour protéger la foule d’un attentat potentiel, que pour surveiller les faits et gestes de chacun. Les rues alentour sont bondées. Les transports en commun tournent exceptionnellement toute la journée. En temps normal, pour économiser l’électricité, seule énergie abordable, les transports ne fonctionnent que de sept heures à dix heures du matin. Ils reprennent le soir entre dix huit et vingt heures.
La pauvreté. Voilà ce qui envahi nos écrans aujourd’hui. Pour la plupart des gens, le travail n’est qu’un vague mirage qui lorsqu’il devient réalité nu dure pas et ne leur permet pas de subvenir à leurs besoins élémentaires.
Au début des années 2000, on voyait fleurir en plein cœur de Paris des tentes, pour que ceux qu’on appelait les sans domicile fixe puisse s’abriter. Puis le nombre de « travailleurs pauvres » a démesurément grossi.
Bien des gouvernements ont tenté de résoudre ce problème. Le manque d’argent, le contexte international tendu, le manque de volonté de certains n’a pas permis d’apporter de réponses adaptées. Moi-même, lors de primaires au sein du parti dont j’étais membre, j’avais proposé de prendre le fléau à bras le corps. Je n’ai pas réussi à convaincre. Vaincu, j’avais démissionné devant les manœuvres bassement électoralistes. Je me suis retiré de ce monde que je ne cautionne plus. Depuis, je regarde les évènements avec le recul d’une personne qui a trop vu, trop vite. A bientôt quarante cinq ans, je n’ai plus l’espoir qu’avaient les générations précédentes.
L’individualisme, paradoxe du spirituel, n’est plus une illusion. Mes voisins je ne les connais pas. Qui connait les siens ?
Ce tableau réaliste que je dépeins peut paraitre bien triste. Nous avons longtemps, trop longtemps, vécu dans l’opulence, dans la certitude que les ressources minérales de la planète seraient inépuisables. Aujourd’hui nous ne pouvons que constater nos erreurs. Notre époque me fait penser à celle de la chute de l’Empire Romain. Notre Empire qui n’a jamais dit son nom s’est bâti lors de la deuxième moitié du 20ème siècle autour des Etats-Unis d’Amérique. Les vainqueurs de la seconde guerre mondiale se sont partagé le monde. Aujourd’hui le monde veut se partager leur dépouille. Quoi de plus normal ? Aux années d’oppression suivent les années de vengeances.
On a longtemps cru que notre modèle était LE modèle ; qu’il fallait le propager comme une religion. Les droits de l’homme, la démocratie, tant de valeurs qui me sont cher et qu’aujourd’hui on foule du pied sans remord. La VIIème République vacille, chancelle. Un souffle la ferait s’effondrer sur elle-même comme les tours jumelles le 11 septembre 2001 à New-York.
La pauvreté, comme un refrain, passe et repasse sur mon écran. Plus je la vois, plus je me dis que nous avons de la chance ma famille et moi-même. J’ai un toit, une jolie maison sur les coteaux de Saint-Cloud, des revenus plus que confortable, une famille aimante, de l’énergie, une pièce climatisée pour les jours d’été, où le thermomètre dépasse allégrement les 40 degrés à l’ombre, et par-dessus tout, j’ai encore une voiture ; je ne l’utilise pas. L’essence est trop chère et trop difficile à trouver. Elle a juste de quoi nous emmener en cas d’urgence. De quoi faire une centaine de kilomètres en y ajoutant un peu d’huile de colza glané de-ci de-là au marché noir.
Les « pèlerins » sont maintenant rentrés chez eux, la télévision cesse de diffuser. L’énergie économisée est conservée pour permettre des émissions plus longues en cas de besoin. Cette chaude journée d’avril s’achève pour tous. Pour moi elle ne fait que commencer. La nuit est le moment le plus propice pour vivre. Dans mon jardin, je vais passer la soirée avec ma famille, discuter avec eux de l’avenir, de notre devenir et de ce que nous ferons dans les jours qui viennent.