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Jeudi 13 avril 2006

Cher journal, je t’ouvre aujourd’hui pour la première fois, avec l’intention de remplir tes pages blanches… Bien que ton format soit complètement démodé, le papier se faisant rare ces derniers temps, j’ai l’immense privilège de pouvoir ressortir mon stylo à plume d’étudiant dont je ne m’étais plus servi depuis une vingtaine d’années. Voilà ces quelques coulées d’encre commencent à te remplir. Dans quel but ? Pourquoi tenir aujourd’hui ce journal papier ? Et pourquoi pas un Blog comme c’est aujourd’hui la règle ? Je te dirais simplement que ce que j’écris n’a nul besoin d’être connu de tous. Tu es destiné à mes enfants, petits-enfants à venir et de façon générale aux générations futures. Quoi de plus éphémère que l’Internet ? Quand je ne serais plus là que deviendront les blogs que j’aurais créés ? En revanche toi tu resteras tant que tu ne deviends pas poussière.

Ma femme t’a transmis ce Noël à son époux. Elle a toujours de bonnes idées de cadeau. Je me souviens d’un de ces premiers cadeaux : un cube… Un cube pas comme les autres. Les quatre faces de côté, en verre, permettent d’y déposer une photo. L’intérieur du cube contient lui quatre petits albums photos. Un cadeau simple mais quel cadeau ! Vingt ans après il trône toujours sur mon bureau et m’offre pour vision quotidienne mes deux enfants, ma femme et un portrait de famille. Pour beaucoup cet ornement d'un autre âge n'est rien d'autre qu’un attrape-poussière. Le papier photo n’a plus court, remplacé par les cadres électroniques qui foisonnent sur les bureaux du tout un chacun. Je leur préfère mes photos. Au moins elles, elles n’ont pas de pixel mort ou autres problèmes d’alimentation.

Revenons à toi mon cadeau. Cela fait quatre mois que tu traines dans mon tiroir. Le syndrome de la page blanche, je ne veux pas le connaitre. Quatre mois que j’attends d’avoir quelque chose à te raconter. Puis hier est venu. Un déclic. J’ai décidé de t’utiliser. De consigner dans tes pages les évènements de ce monde qui a tant changé depuis les années 1980 que j’ai connu enfant. Tellement d’éléments nouveaux dont seul aujourd’hui Internet est témoin. Devant la disparition progressive du papier, la mémoire se perd dans ces flots d’information dont la véracité n’est plus garantie. Le quidam peut à sa guise interpréter, imaginer, anticiper les évènements de ce monde sans que personne ne se souci de la qualité des propos. Tout le monde parle dans son coin sur la Toile. Alors toi, tu seras le témoin que je donnerai à mes enfants. Le témoin de ma vie dans ce monde, de la vie de ce monde pour que demain tu demeures, que tu ne sois pas laissé à l’abandon quelque part sur un serveur qui mourra avec toi. J’essaierai autant que possible de coucher sur tes pages aussi souvent que possible l’Histoire que je vis, mes impressions, mes sensations. Fini les utopies, les idéologies, l’investissement dans des mouvements auxquels plus personne ne croit. Je me confierai à toi. Froidement. Les faits sont les faits. Je te les dirais. Etre témoin de mon époque, voilà ta raison d’être.

Par Lionel - Publié dans : Avril 2028
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